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Les facteurs de dégradation de la végétation au Nord-Cameroun

Analyse des tendances de la productivité de la végétation au Nord-Cameroun

Le récent "Share your Work" a mis en lumière une étude cruciale menée par Gladys Yemefack Guimke dans le cadre du projet RESINOC (Renforcer les systèmes d’innovation agricole pour promouvoir un agro-sylvo-pastoralisme durable dans la région Nord du Cameroun) , axée sur le diagnostic des dynamiques territoriales dans la région du Nord-Cameroun. Cette région de 65 000 km², où se côtoient agriculture, élevage et aires protégées (occupant 45% du territoire), est confrontée à de profondes transformations du paysage, marquées par une forte pression humaine, une saturation de l'espace et des conflits croissants entre agriculteurs, éleveurs et acteurs de la conservation.

L'objectif principal de cette recherche était de caractériser ces dynamiques et d'identifier leurs facteurs explicatifs à travers le temps. Pour ce faire, l'auteure a utilisé des séries temporelles NDVI (Normalized Difference Vegetation Index) disponibles depuis 2000, avec une résolution temporelle de 16 jours et spatiale de 250 m. Cette approche, adaptée aux études sur de vastes étendues, a été complétée par la méthode "residual Trend" (Restrend), permettant de réduire l'influence du climat sur les calculs de trajectoires de productivité de la végétation. L'étude s'inscrit dans le cadre de l'Objectif de Développement Durable (ODD) 15.3.1, qui vise à connaître la proportion de terres dégradées. Pour mesurer ce phénomène, trois indicateurs sont généralement utilisés : la productivité de la végétation, l'occupation du sol et le carbone. Dans cette étude, seule la productivité de la végétation, mesurée par le NDVI, a été prise en compte.

L'analyse a été menée sur trois fenêtres temporelles distinctes (2000-2010, 2005-2015, 2015-2020), aboutissant à une carte synthétique qui retrace l'évolution de la dégradation dans la région depuis 2000. Ces données ont été croisées avec des données sur les pertes de couvert forestier et l'évolution des surfaces cultivées.



Les résultats de l'étude mettent en évidence que les facteurs explicatifs de cette dynamique sont multiples :

  • Facteurs démographiques : La forte densité de population depuis 1970 et les sécheresses récurrentes ont entraîné des déplacements de population depuis l'extrême nord vers le sud, autour du fleuve Bénoué, avec la mise en place de fronts pionniers agricoles dans les années 1990, notamment pour la production de coton. On observe également des changements dans les types de cultures, avec une augmentation de la culture de l'arachide, moins exigeante en ressources. Des déplacements de population liés à la conservation ont également été observés vers le sud de Garoua.

  • Facteurs institutionnels : La faible capacité des services de conservation dans les années 2010 a favorisé la pénétration des populations dans les aires protégées, entraînant une dégradation liée à l'agriculture et à l'orpaillage. Les conflits au Tchad à partir de 2014 et l'abandon de la chasse sportive ont également laissé le champ libre à l'expansion agricole.

  • Facteurs biophysiques: L'augmentation des surfaces cultivées est la principale cause de dégradation observée. Les zones dégradées correspondent à l'évolution des cultures.


En conclusion, les outils de télédétection permettent de cartographier avec précision ces dynamiques et de mettre en évidence leur impact sur la durabilité des territoires. L'étude a confirmé le rôle prépondérant des facteurs démographiques, climatiques et institutionnels dans les processus de dégradation observés.


Gladys Yemefack Guimke est une spécialiste en science spatiale, formée en géographie physique et géomatique. Elle applique les outils SIG et la télédétection à la gestion des ressources naturelles. Avec près de six ans d'expérience au CIFOR-ICRAF Cameroun, elle a été chercheuse junior sur le projet dryad (2018-2020), axée sur les SIG, la télédétection et le suivi des activités de gestion des ressources naturelles. Depuis 2021, elle est chercheuse associée sur le projet ReSI-NoC et doctorante en géographie à l'Université de Dschang, étudiant les pressions démographiques et les pratiques de gestion de l'espace dans le Nord-Cameroun.


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